A propos des droits de l’homme : un regard anthropologique

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2003
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Lors de la Conférence mondiale des droits de l'Homme organisée par les Nations Unies à Vienne en 1993, deux grandes conceptions ont été en présence. Selon la première, portée par les pays occidentaux, les droits de l'Homme sont l'expression de valeurs universelles bien qu'ils soient le fruit d'expériences historiques occidentales. A plusieurs reprises, le Dalaï Lama a manifesté son soutien à cette théorie. Mais cette position demeure relativement isolée parmi les civilisations et les cultures non occidentales. Plusieurs pays musulmans rejettent fermement toute conception des droits de l'Homme qui ne serait pas fondée sur le droit divin. Les États asiatiques, réunis lors d'une conférence régionale organisée en amont de la conférence de Vienne ont adopté la Déclaration de Bangkok, qui affirme que l'universalité des droits de l'Homme implique le respect des particularismes : « Si les droits de l'homme sont par nature universels, ils doivent être envisagés dans le contexte du processus dynamique et évolutif de fixation des normes internationales, en ayant à l'esprit l'importance des particularismes nationaux et régionaux comme des divers contextes historiques, culturels et religieux ». Ce texte a été repris in fine - mais sous une forme différente et surtout dans un tout autre contexte - au § 5 de la Déclaration finale de la Conférence de Vienne qu'il faut citer en entier : « Tous les droits de l'homme sont universels, indissociables interdépendants et intimement liés. La communauté internationale doit traiter des droits de l'homme globalement, de manière équitable et équilibrée, sur un pied d'égalité et en leur accordant la même importance. S'il convient de ne pas perdre de vue l'importance des particularismes nationaux et régionaux et la diversité historique, culturelle et religieuse, il est du devoir des Etats, quel qu'en soit le système politique, économique et culturel, de promouvoir et de protéger tous les droits de l'homme et toutes les libertés fondamentales ».

Cette formule synthétique peut donner lieu à deux interprétations. Soit il exprime une position de compromis qui reflète un consensus illusoire. Soit il porte en germe un programme spécifique, pour ce début du XXIème Siècle, en proposant une nouvelle méthode de compréhension des droits de l'Homme universels ; cette méthode permet de prendre en compte de manière dynamique des facteurs particuliers tels que la culture de l'individu. Mais il ne suffit pas de répondre à la question de savoir laquelle de ces deux interprétations est la bonne : il convient aussi d'analyser cette question dans sa dimension anthropologique.