La vulnérabilité essentielle de l'humain

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2016
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Le livre de Jay Bernstein est exceptionnel par sa générosité, son engagement, la patience de son argumentation, et, osons ce terme, son humanisme, un humanisme qui prend aussi en charge d’importantes avancées du féminisme. Je suis infiniment reconnaissante à Géraldine Muhlmann de m’avoir donné l’occasion de le lire et d’y réagir. Souhaitons d’emblée qu’il puisse rapidement être traduit en français.

J. Bernstein ne nous propose rien de moins qu’une révolution copernicienne en matière de philosophie morale, projet « immodeste », immodest, comme il le qualifie dans la présentation qu’il nous a faite de son livre, mot peu employé en français qui laisse entendre la modestie tout en la niant. L’immodestie de J. Bernstein est encore modeste, si par modestie on entend une retenue dans l’affichage que l’on fait de soi-même. J. Bernstein ne se présente jamais comme le nouveau Don Quichotte de la philosophie morale, ou plus exactement de la morale politique. Cette absence d’arrogance n’enlève rien à l’ambition de sa démarche. L’important est ce qu’il veut donner à penser, ce qu’il considère comme étant nouveau et passe nécessairement par la critique d’autres façons courantes de penser dans ce domaine. Ainsi, Torture and dignity interroge le présupposé central de la philosophie morale : son orientation vers l’agent. Il se veut en prise avec la modernité d’un monde sécularisé qui ne peut plus (et ne veut plus) se fonder sur des bases théologiques.